Le Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI), une introduction
Beaucoup de mystère entoure encore le TDI

Le TDI est une façon d’être au monde qui peut paraître mystérieuse à bien des
égards, et il est naturel que le cinéma ait pu s’en emparer pour alimenter sa
machine à rêver et à faire peur. Comme le dit René Manzor dans son introduction
au film Dédales (2003), un long-métrage qui raconte les errances de multiples
personnalités pour trouver le point de fusion:
« L’individu n’est que la somme des personnalités multiples qu’il abrite, ce n’est
qu’à nos inhibitions que nous devons cette impression d’unité que nous donnons.
Ce que les autres appellent notre caractère n’est en fait que le bouclier qui protège
ce que nous sommes vraiment, une enveloppe sociale destinée aux échanges.
Mais qui n’est efficace qu’en temps de paix. »
Si le cinéma utilise souvent cette multiplicité intrigante pour créer du suspense, la
réalité du TDI est cependant bien différente. En effet, elle ne relève pas de la
fiction, mais d’un mécanisme de survie pur.

La construction de l’identité

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, nous ne naissons pas avec une
personnalité déjà toute faite et unifiée. À la naissance, un bébé est un ensemble de
différents « états d’être » ou de besoins séparés : l’état « j’ai faim », l’état « j’ai
peur », l’état « je veux jouer » ou encore « je fais un câlin ».
On peut imaginer la personnalité d’un jeune enfant comme des pièces de puzzle
indépendantes les unes des autres, ou des blocs de construction de différentes
couleurs, qui s’assembleront à chaque fois selon leur génie propre.

Le rôle de l’enfance : assembler le puzzle

Au fil des années, grâce à un environnement sécurisant et des expériences de vie
normales, ces différents blocs vont naturellement s’assembler. Vers l’âge de 6 à 9
ans, l’enfant traverse une étape clé du développement : tous ces « morceaux »
fusionnent pour former une seule et unique image. C’est le moment où l’enfant
acquiert un « moi » unifié, une identité globale qui englobe toutes ses facettes. Il
comprend qu’il est la même personne, qu’il soit en colère, triste ou joyeux.

L’unification ou non de l’identité

Dans le cas du TDI, des blessures, qu’elles soient physiques ou psychologiques,
répétés et précoces (comme des maltraitances ou des abus avant l’âge de neuf ans)
viennent perturber ce processus naturel.
Lorsque l’enfant est confronté à une détresse absolue alors que son cerveau est en
plein développement, la fusion des blocs de construction ne peut pas se faire.
Pour survivre psychologiquement à l’insoutenable, le cerveau utilise un
mécanisme de défense puissant : la dissociation.
Au lieu de s’assembler, les morceaux du puzzle sont maintenus séparés par des
barrières d’amnésie : Un ou plusieurs « blocs » vont conserver les souvenirs
douloureux pour protéger le reste de l’enfant. D’autres « blocs » vont continuer à
aller à l’école et à jouer comme si de rien n’était. Ces blocs, qu’on nommait
autrefois des personnalités, sont aujourd’hui, à la suite des spécialistes anglosaxons du TDI, plutôt appelées des « alters ».
Ces « alters » se développent de manière indépendante et à leur propre rythme. Il
n’est donc pas rare de voir chez quelqu’un qui présente un TDI des alters adultes,
mais aussi des alters enfants, ou adolescents, même lorsque « la personne »
(disons celle dont le nom recoupe celui de l’état civil) est définitivement d’âge
adulte.
Étant donné que chaque alter est une personne unique, elle n’a pas forcément les
mêmes préférences au niveau des goûts – vestimentaires, alimentaires, etc – que
la personnalité principale, ni d’ailleurs les mêmes façons de s’exprimer. Dans les
cas les plus « extrêmes », cela peut même toucher le système de la sensibilité
corporelle, un alter pourrait être plus frileux, un autre ne pas sentir la douleur ou
ne pas être affecté de la même façon par une prise de médicament.

Pourquoi les blocs ne s’unifient-ils pas ?

C’est l’absence de « colle » qui fait que l’enfant ne parvient pas à s’unir en un
seul bloc. Ce liant de la personnalité est censée venir d’un parent / tuteur / adulte
significatif en relation avec l’enfant pendant son évolution. Dans le cas du TDI,
cet adulte n’a pas été suffisamment sécurisant pour permettre cette unification. Si
la personne est totalement détachée de l’enfant, il sera en carence de ce ciment
pour se construire. Dans les cas les plus extrêmes, lors de traumatismes avec
violences (quelles qu’en soit la nature), l’enfant passe dans le camp de la peur.
Avec souvent ces mêmes questions, parfois à un niveau inconscient du fait d’un
cerveau qui est loin d’avoir atteint sa maturité : « Pourquoi est-ce que la personne
qui est censée me protéger et m’aider à me construire, ne le fait-elle pas ? Qu’aije fait de mal ? Pourquoi me fait-elle peur ?».
Face à un danger de mort ou à une peur extrême, notre cerveau déclenche le
réflexe de fuir ou de combattre. Mais un enfant de cinq ans ne peut ni fuir, ni
combattre son agresseur. Afin que la douleur ne soit trop forte, le cerveau
provoque un court-circuit : il débranche la conscience. C’est cela, la dissociation.
C’est l’équivalent psychologique de ce que l’on appellerait en somatique une
« anesthésie générale ».

Pour conclure

Ce n’est donc pas une personnalité adulte qui se sépare en plusieurs morceaux,
mais plutôt une personnalité enfantine qui n’a jamais pu s’unir. C’est ainsi que se
forment ce que l’on appelle les « alters » ou les différents états de conscience du
TDI.
Tous les traumatismes dans l’enfance n’entrainent pas forcément de troubles
dissociatifs, mais il est rare que ces blessures restent sans conséquences dans la
psyché, que ce soit dans l’enfance, comme plus tard à l’âge adulte, laissant des
cicatrices profondes dans la psyché. Sans une prise en charge précoce et
bienveillante, le chemin vers l’âge adulte devient une route sinueuse et
accidentée.
Heureusement, le cerveau humain possède une plasticité incroyable : avec du
temps, de la sécurité et un accompagnement adapté, il est tout à fait possible de
réparer certaines routes et de retrouver une vie sereine et donc aussi plus
épanouie.

Superposition de photo de ciel, crédit Félicia.

Félicia, le 4 octobre 2026